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« Si la vitesse ne tue pas le photographe, elle tuera à coup sûr la qualité de ses photographies. »

 

Le slow movement est apparu dans les années 1980, à la suite du constat que l’on est victime du stress de la vie moderne. Ce mouvement propose de ralentir le rythme de vie. Le slow movement se décline en plusieurs branches.

 

Vite, toujours plus vite.

Le monde tend vers plus d’efficacité, moins de temps perdu, plus de rendement. Oh il n’est pas question ici de proposer de tous mettre des bonnets péruviens, et de faire des rondes dans des champs de fleurs en chantant George Harrison, mais juste de ralentir un peu. 

Le slow est l’idée de ralentir ses activités afin d’améliorer durablement et profondément sa vie. En photographie, cela signifie peu de clichés mais de qualité. En somme, s’investir de longues journées épicuriennes à la réalisation d’une image. Le passage au numérique a permis de se laisser aller sans retenue au discours technico-commercial qui remplit les comparatifs de la presse. Les capteurs de lumière et autres passeurs de rêves ont laissé la place aux technophiles en sommeil. Aiguiser son regard, on y pense, mais après l’acquisition de l’équipement idéal… jeu sans répit où l’on reste perpétuellement insatisfait et totalement dépendant de pulsions que le marché entretient.

Avec le numérique, difficile de ne pas commencer par mitrailler et se disperser. Puis l’on revient doucement à une pratique contemplative et reposante. Capter un peu de l’essence d’un lieu, déceler sa beauté, demande en effet disponibilité, concentration et mobilisation de nos compétences. C’est seulement dans le silence, la solitude, la lenteur… dans cette fécondité de l’ennui que s’expriment l’âme, la beauté, la passion. La technologie amène des outils fantastiques et permet notamment, lors du traitement des images au « laboratoire numérique », de s’attarder longuement aux détails afin de s’approcher des images mentales recherchées. Pour contrebalancer ce temps de post-production sans cesse grandissant, il faut essayer de ne pas être « consommé » lors des réalisations d’images, créant très peu de photographies mais source d’émotions. Le bonheur est en chemin, alors autant ralentir.

 

Faire de la slow-photographie signifie simplement se sensibiliser à l’acte de photographier. Retrouver cet acte pur et, enfin, retrouver le plaisir de photographier, retrouver le plaisir de l’image créée, retrouver le plaisir de l’image regardée, retrouver le plaisir de revivre ses images en les observant !… Les philosophes de l’antiquité disaient déjà que le bonheur était de prendre conscience de ce que l’on fait au moment où on le fait… Ils avaient tellement raison… Prenons donc conscience, en composant nos images dans nos viseurs, que nous faisons de la photographie et que nous faisons de notre mieux pour faire de la bonne photographie ! La slow-photographie doit permettre de réfléchir sa photographie plutôt que de courir dans tous les sens, comme des déments… Elle permet d’arrêter ce mouvement qui met en danger aussi bien le photographe, que le sujet, que la photographie elle-même…

En slow-photographie, la prise de conscience est la clé. Ce n’est pas parce qu’elle est dite lente que cette photographie impose de réfréner ses reflexes et sa rapidité de réaction face à l’évènement, elle n’impose pas la prise de vue posée, la nature morte et le paysage !… Par contre, elle nous impose de réfléchir et prévisualiser ce que sera notre future image plutôt que de shooter impulsivement !… Shooter à la va vite va nous clouer devant l’ordinateur dans l’espoir de sauver quelques clichés et ainsi nous mécaniser un peu plus, alors que la prévisualisation nous permettra de délaisser l’ordinateur au profit de la création et du plaisir de créer.

La photographie lente est un remède à la folie de la surenchère, aux diktats des médias, de la pub et de la télévision qui nous poussent à remplir les cartes mémoires et à ne même pas voir le vrai sujet intéressant que l’on a pourtant devant les yeux…

 

 

Depuis une dizaine d’années, on observe le regain d’intérêt des photographes pour l’argentique et les procédés anciens, totalement à contre-courant du numérique et son flot d’images. C’est ce qu’on appelle la slow photographie. Derrière ce mouvement aux contours flous sont regroupés des photographes qui s’attachent davantage à enregistrer des durées plutôt que des instants. Puisqu’il n’est nullement question de matériel, ils utilisent la photo argentique, le travail à la chambre, le sténopé, le Polaroid